Je suis Anne Sylvie, biographe passionnée et formatrice de biographes. C’est pour permettre aux plumes inaccomplies de réaliser leur vocation et à chacun de se saisir de la force des mots que j'ai créé la Plume Académie, une école d’écriture ancrée dans l'humain et la croissance personnelle.
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vivre de l'écriture
ÉCRIRE POUR VIVRE
UN LIVRE, UNE VIE
L’écriture thérapeutique attire de plus en plus de praticiens et d’accompagnants. Beaucoup y voient un outil simple et accessible, presque évident à intégrer dans une pratique d’accompagnement.
Et pourtant, comme tout outil, l’écriture ne va pas de soi. Elle peut soutenir un travail thérapeutique… mais elle peut aussi le compliquer, voire le fragiliser, lorsqu’elle est utilisée sans cadre clair, sans formation ou sans réflexion sur la posture du praticien. Ce n’est pas l’écriture qui est en cause, mais la manière dont on l’emploie.
Un exercice d’écriture, même en apparence anodin, engage des processus psychiques profonds. Cela suppose de savoir pourquoi on le fait, à qui on le propose, et dans quelles conditions.
Cet article n’a pas pour objectif de dissuader d’utiliser l’écriture thérapeutique, bien au contraire. Il vise à mettre en lumière les principaux écueils à éviter, afin d’en faire un usage plus juste, et plus respectueux des personnes accompagnées.
📌 A lire aussi : Que met-on derrière le terme “écriture thérapeutique”?
L’un des premiers écueils consiste à croire que l’écriture fait toujours du bien.
Qu’il suffirait de « poser des mots » pour apaiser une souffrance, réparer ou guérir un traumatisme.
Cette idée est largement partagée, y compris chez les professionnels de l’accompagnement, et elle s’appuie sur une réalité : l’écriture peut être profondément aidante. Plusieurs recherches l’ont montré, notamment les travaux de James W. Pennebaker sur l’écriture expressive et la régulation émotionnelle.
Mais croire que l’écriture est toujours bénéfique, dans tous les contextes et pour toutes les personnes, est une simplification un peu risquée.
Dans certains cas, écrire peut raviver une souffrance au lieu de l’apaiser.
Notamment lorsque la personne est confrontée à un traumatisme récent, non élaboré, ou à une organisation psychique fragile.
Plusieurs cliniciens le rappellent : mettre en mots trop tôt, ou sans accompagnement adapté, peut renforcer la sidération plutôt que la soulager.
Boris Cyrulnik insiste d’ailleurs sur ce point : ce n’est pas le fait de raconter qui soigne, mais la capacité à transformer le vécu en récit partageable et inscrit dans une continuité. Or cette capacité n’est pas toujours disponible immédiatement.
Dans certaines situations, l’écriture peut :
Autrement dit, écrire n’est pas neutre. C’est un acte psychique engageant.
Un autre point souvent sous-estimé concerne la temporalité.
Ce qui peut être bénéfique à un moment donné peut être inapproprié à un autre.
En clinique, on sait que toute élaboration psychique suppose un minimum de sécurité interne. Or l’écriture sollicite directement la mémoire autobiographique, les affects et les représentations de soi. Si ces éléments sont trop instables, l’exercice peut devenir envahissant.
C’est ce que soulignent des auteurs comme Nayla Chidiac ou Emmanuelle Jay : l’écriture thérapeutique ne se pense jamais hors contexte, ni hors relation. Elle doit tenir compte de l’état psychique de la personne, de ses ressources, mais aussi de sa capacité à contenir ce qui émerge.
Un autre écueil fréquent consiste à mettre toutes les formes d’écriture « qui font du bien » dans le même panier. Écriture cathartique, écriture expressive, écriture thérapeutique… Les termes sont souvent utilisés comme des synonymes, alors qu’ils ne renvoient ni aux mêmes objectifs, ni aux mêmes effets.
L’écriture cathartique repose sur une idée simple : écrire permet de se décharger émotionnellement.
La colère, la tristesse, la peur, ou la frustration trouvent une voie d’expression sur le papier. Et bien souvent, cela soulage.
Les travaux de James W. Pennebaker ont d’ailleurs montré que cette écriture expressive pouvait avoir des effets positifs sur le stress, la régulation émotionnelle et même certains indicateurs de santé physique. À court terme, elle peut apaiser, faire baisser la tension interne, donner le sentiment de « vider son sac ».
Dans ce sens, l’écriture cathartique a toute sa place. Mais elle ne constitue pas, en soi, une écriture thérapeutique au sens clinique.
Le problème survient lorsque l’écriture reste uniquement dans la décharge émotionnelle.
Lorsque les mêmes scènes, les mêmes affects, les mêmes récits sont répétés encore et encore, sans transformation.
Dans ces cas-là, l’écriture peut devenir une forme de rumination écrite. On revit, on répète, on s’enfonce parfois davantage dans l’émotion, sans parvenir à la relier, la comprendre ou la déplacer.
Plusieurs cliniciens l’ont observé : exprimer n’est pas élaborer. La catharsis soulage, mais elle ne garantit ni mise à distance, ni intégration psychique.
C’est là que la confusion devient problématique, notamment dans un cadre d’accompagnement : ce qui soulage ponctuellement peut, à terme, figer le sujet dans une position de souffrance.
L’écriture thérapeutique, telle qu’elle est pensée dans les approches cliniques, vise autre chose que l’expression brute. Elle cherche une transformation du rapport à l’expérience.
👉🏽 Cela passe souvent par :
Comme le rappelle Emmanuelle Jay, l’enjeu n’est pas d’écrire sur le trauma de manière directe, mais de créer un espace de détour qui permette à quelque chose de se dire autrement. Là où l’écriture cathartique est souvent spontanée et libre, l’écriture thérapeutique est guidée et inscrite dans un processus.
Lorsqu’on introduit l’écriture dans une pratique d’accompagnement, on peut faire l’erreur de penser que « poser des mots » suffit, et que le cadre est secondaire.
Or, en écriture thérapeutique, le cadre n’est pas un détail. C’est une condition de sécurité psychique.
En clinique, le cadre fait fonction de contenant. Il délimite un espace, un temps, des règles explicites et implicites dans lesquels le travail peut avoir lieu sans mettre la personne en difficulté.
Avec l’écriture, ce cadre est d’autant plus important que l’acte se fait souvent seul, face à soi-même. Sans cadre clair, l’écriture peut devenir envahissante, intrusive, voire désorganisante.

👉🏽 Concrètement, cela implique de poser :
Écrire « quand ça va mal » sans limite ni accompagnement peut exposer certaines personnes à un trop-plein émotionnel difficile à réguler. Le cadre n’empêche pas l’expression ; il la rend possible.
Un autre piège consiste à considérer l’écriture comme un outil autonome, qui fonctionnerait indépendamment du dispositif thérapeutique.
Or, dans une pratique d’accompagnement, l’écriture gagne à être pensée en lien avec le reste du travail : elle prépare une séance, la prolonge, ou permet de soutenir une réflexion entre deux rencontres.
Sans ce lien, l’écriture peut rester isolée, voire produire des effets que le praticien ne peut ni accueillir ni élaborer avec la personne.
Plusieurs auteurs insistent sur ce point : ce n’est pas seulement l’acte d’écrire qui est thérapeutique, mais ce qui peut ensuite être repris, pensé, mis en perspective.
Le cadre permet précisément ce va-et-vient entre l’expérience écrite et l’élaboration relationnelle.
On pourrait croire que l’écriture est un acte intime, qui se joue uniquement entre une personne et sa feuille.
Dans un cadre d’accompagnement, ce n’est jamais tout à fait vrai.
Dès lors qu’un praticien propose une consigne d’écriture, ou en fait un support de travail, une relation s’installe. L’écriture devient alors un médium relationnel, au même titre que la parole.
Mettre des mots sur des vécus sensibles, parfois très intimes, peut renforcer le lien au praticien : désir d’être compris, besoin de reconnaissance, peur du jugement. Autant de mouvements affectifs qui s’expriment parfois plus fortement par l’écrit que par l’oral.
En psychanalyse, le transfert désigne le déplacement inconscient d’affects, d’attentes ou de figures du passé sur le thérapeute. L’écriture peut amplifier ce phénomène.
Un texte confié à un praticien n’est pas seulement un contenu : il est souvent chargé d’une attente implicite. Être lu, accueilli, reconnu, parfois « réparé ».
Certaines personnes peuvent investir très fortement celui ou celle qui reçoit leurs écrits, surtout lorsque ces textes touchent à des zones vulnérables.

Le praticien, lui aussi, est engagé. Lire des récits de vie, des textes chargés émotionnellement, peut susciter des résonances personnelles, des émotions intenses, voire un sentiment de responsabilité accrue.
On peut se sentir touché, inquiet, envahi, ou au contraire tenté de se protéger en mettant à distance certains contenus. Ces réactions relèvent du contre-transfert.
Elles ne sont pas un problème en soi, à condition d’être reconnues et pensées. Mais lorsqu’elles ne le sont pas, elles peuvent influencer la posture du praticien : surinterprétation, désir de « sauver », évitement de certains sujets, ou réponses inadéquates.
De nombreux cliniciens insistent sur ce point : travailler avec l’écriture suppose une vigilance accrue sur les enjeux relationnels.
Proposer l’écriture, ce n’est pas seulement donner une consigne. C’est accepter d’entrer dans un espace où se rejouent des dynamiques profondes.
👉🏽 Cela implique :
Sous-estimer le transfert et le contre-transfert, c’est risquer de fragiliser le cadre.
Les reconnaître, au contraire, permet de faire de l’écriture un outil véritablement contenant et respectueux du processus de chacun.
L’écriture thérapeutique est parfois présentée comme une technique que l’on pourrait appliquer presque mécaniquement : une consigne, un temps d’écriture, un partage, et des effets attendus.
Or, l’écriture ne fonctionne pas comme un protocole standardisé. Deux personnes peuvent répondre à la même consigne et vivre des expériences radicalement différentes.
Quand on réduit l’écriture à une technique, on risque de se focaliser sur le « bon exercice », la « bonne formulation », le « bon résultat ». On oublie alors l’essentiel : ce qui se joue dans le temps, dans le rythme, et dans la manière dont une personne s’approprie – ou non – l’acte d’écrire.
Dans un cadre thérapeutique, l’écriture n’a pas vocation à produire quelque chose de réussi, de cohérent ou de « beau ». Elle s’inscrit dans un processus, souvent irrégulier, parfois inconfortable, fait d’avancées et de résistances.
Certaines séances donnent lieu à des textes très riches, d’autres à quelques phrases, voire à un refus d’écrire. Ces moments font pleinement partie du travail.
Considérer l’écriture comme un processus, c’est accepter qu’elle ne “fonctionne” pas toujours de façon visible. C’est aussi reconnaître que ce qui compte ne se trouve pas uniquement dans le texte produit, mais dans ce qu’il permet de déplacer intérieurement.
Les recherches en psychologie clinique et en thérapie narrative montrent que les effets de l’écriture se déploient souvent dans la durée.
Ce n’est pas tant l’exercice ponctuel qui transforme, que la répétition, la continuité, et la possibilité de revenir sur ce qui a été écrit.
Michael White et David Epston soulignaient déjà que la mise en récit ne se fait pas en une fois. Elle demande du temps, des allers-retours, parfois des détours.
Pour le praticien, cela implique de renoncer à une logique de résultat immédiat.
L’écriture n’est pas là pour “résoudre” rapidement, mais pour accompagner un mouvement d’élaboration qui appartient avant tout à la personne.
Parce qu’elle semble simple et accessible, l’écriture donne parfois l’illusion qu’elle peut être utilisée sans formation particulière. Après tout, nous écrivons tous.
Mais utiliser l’écriture dans un cadre d’accompagnement ne relève pas du simple bon sens.
💡 Cela engage des processus psychiques complexes : mise en mots de l’intime, activation de souvenirs sensibles, mouvements de projection, de transfert, de remaniement identitaire.
Sans repères théoriques solides, le praticien risque de ne pas comprendre ce qui se joue ou, plus problématique encore, de ne pas percevoir quand l’écriture cesse d’être aidante.
Les travaux de Nayla Chidiac, d’Emmanuelle Jay, ou encore les recherches issues de la psychologie clinique et de la thérapie narrative, rappellent tous un point essentiel :
l’écriture thérapeutique demande une lecture fine des processus à l’œuvre, pas seulement une boîte à outils.
Se former à l’écriture thérapeutique ne signifie pas accumuler des techniques.
👉🏽 C’est surtout apprendre à :
La formation permet aussi de travailler sa propre posture : comment accompagner sans interpréter hâtivement, comment accueillir un texte sans l’analyser à la place de l’autre, comment soutenir un processus sans le diriger.
Autrement dit, elle offre des repères là où l’intuition seule ne suffit pas.

C’est précisément dans cet esprit qu’ont été pensées les formations en écriture thérapeutique de la Plume Académie. Elle s’adresse aux thérapeutes et aux professionnels de l’accompagnement qui souhaitent intégrer l’écriture à leur pratique avec discernement et éthique.
L’objectif n’est pas de transformer les accompagnants en thérapeutes par l’écriture, mais de leur permettre d’utiliser cet outil avec justesse et responsabilité.
Car lorsque l’écriture est soutenue par une formation sérieuse, elle peut devenir un formidable allié du soin. Sans cela, elle risque de rester un outil séduisant… mais fragile.
Je suis Anne Sylvie, biographe passionnée et formatrice de biographes. C’est pour permettre aux plumes inaccomplies de réaliser leur vocation et à chacun de se saisir de la force des mots que j'ai créé la Plume Académie, une école d’écriture ancrée dans l'humain et la croissance personnelle.
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